MUSIQUE



Après avoir réalisé Éclats Noirs du Samba, série de quatre documentaires, avec des artistes afro-brésiliens, j'ai rencontré les Musiciens Africains de Paris. Manu Dibango, Ray Lema, Salif Keita, Mory Kanté, Touré Kunda et bien d'autres qui étaient alors, dans les années 80, les pionniers de la modernité musicale du continent et de la Sono mondiale (celle d'Actuel, Radio Nova, Jean François Bizot). Le projet de série documentaire sur cette création africaine et parisienne ne trouvant pas de moyens financiers, je suis partie, à l'invitation d'un producteur portugais, dans l'archipel du Cap Vert. J'en ai rapporté un projet de long métrage de fiction et quelques disques : Tubarões, Finaçon, Cesaria Évora. Et j'ai réussi à convaincre Gilbert Castro, directeur de la maison de disques Mélodie, du potentiel de ces musiques alors quasiment inconnues en France. Ce fut le point de départ d'une nouvelle carrière pour la grande chanteuse Cesaria Evora et le début de belles aventures d'artistes capverdiens de par le monde. En 1995, j'ai réalisé, pour Buda Musique, dirigée par Gilles Fruchaux, grand explorateur des Musiques du Monde, l'Anthologie des Musiques du Cap Vert, qui raconte une histoire musicale qui va de 1956 à 1992, année du premier Disque d'Or de Cesaria Évora en France.

En 1996 et 1997, j'ai conçu et organisé le Festival Atlântida dont les deux éditions ont réuni, à Paris, des artistes des pays de langue portugaise : Portugal, Brésil, Mozambique, Cap Vert, Angola, Guiné Bissau, São Tomé. Des peintres (notamment l'Angolais Antonio Ole), des écrivains (Chico Buarque et José Eduardo Agualusa) et des musiciens : les Brésiliens Chico César et Olodum, les Portugais Rui Veloso, João Afonso, Amélia Muge, le Capverdien Tito Paris, les Mozambicains de Ghorwane, les Angolais Lulendo, André Mingas, Carlitos Vieira Dias, Moisés et José Kafala, entre autres.

C'est à Lisbonne que j'avais découvert les sonorités angolaises, et dans les années 90, j'ai rencontré dans la capitale portugaise les musiciens qui venaient enregistrer ou qui y résidaient, fuyant les conflits dans leur pays. Pour Mélodie, j'ai oeuvré à l'édition des Cds de Bonga et Carlos Burity. Et en 1998, je suis partie à Luanda, à la rencontre des musiques et des musiciens qui racontent les histoires extraordinaires de l'Angola. Grâce au soutien de la Radio Nationale d'Angola, j'ai entrepris avec l'aide de journalistes – Gilberto Junior, Artur Arriscado, Jomo Fortunato, João Chagas, Jorge Macedo – la réalisation de la collection Angola 1956-98, 5 Cds édités par Buda Musique, qui nous font découvrir la diversité et l'inventivité de cinq décennies de musiques urbaines. Puis j'ai réalisé Canta Angola qui réunit quelques uns des meilleurs artistes de Luanda. Le film (Mezzo, Kanpaï Prod) et le disque (édité par Universal) réalisés alors que le pays était encore déchiré par de violents conflits armés, montrent la créativité musicale qui résiste au désespoir. Ces disques ont permis de faire connaître les Musiques d'Angola et plusieurs artistes sont ainsi venus jouer en France : Carlitos Vieira Dias, Carlos Burity, Banda Maravilha, Moisés et José Kafala, Paulo Flores, Simmons Massini. Plus récemment, en 2012, j'ai travaillé à la venue du grand compositeur et chanteur Paulo Flores au Théâtre de la Ville (Paris) et au Festival Rio Loco (Toulouse) et à l'édition du Cd Ex-Combatentes Redux (Rue Stendhal), synthèse de son remarquable triple album Ex-Combatentes.

Je prépare actuellement le livre Histoires des Musiques d'Angola (1950-2015) avec le soutien de l'Union Nationale des Artistes et Compositeurs, ainsi que des musiciens et des journalistes angolais.